A l’occasion de la sortie de l’excellent jeu vidéo Assassin’s Creed 2, l’éditeur français Ubisoft a produit une série de trois court-métrages faisant office de prologue au jeu. Non seulement ces courts ont été réalisés en interne, mais ils ont été intégralement tournés devant un fond vert ! Entre le jeu vidéo et le cinéma, il n’y qu’un pas… et l’essor du numérique le comble un peu plus chaque année…

Quand le duc de Milan est sauvagement assassiné, Giovanni Auditore, un membre de la confrérie des Assassins, est chargé de mener l’enquête. Sa mission : trouver les coupables et en apprendre plus sur leurs motivations. Les réponses qu’il obtient impliquent les familles les plus puissantes d’Italie, et tout le ramène au Vatican. Dès lors, la vie de Giovanni, qui est sur le point de découvrir la vérité, est menacée. Il doit démasquer les conjurés avant de rejoindre la longue liste de leurs victimes… D’une durée totale de 38 minutes, l’histoire des trois court-métrages Assassin’s Creed 2 : Lineage se concentre sur les derniers jours du père d’Ezio Auditore di Firenze, le héros d’Assassin’s Creed 2, et sert de prologue aux évènements du jeu. Si ce dernier se déroule, tout comme Lineage, durant la Renaissance italienne, l’histoire d’Assassin’s Creed s’étend sur plusieurs millénaires et mêle science-fiction et conspirations secrètes à la Da Vinci Code. « Cette mini-série représente une partie du puzzle qu’est la saga », précise Yannis Mallat, qui supervise la production des court-métrages et du jeu. « Notre stratégie de convergence entre les jeux vidéo et le cinéma vise à étendre nos franchises sur des plateformes additionnelles pour fournir une expérience globale à un vaste public. En 2007, nous avons créé Ubisoft Digital Arts, notre équipe de développement numérique interne. Un an plus tard, nous avons fait l’acquisition d’Hybride Technologies, une société renommée en matière d’effets spéciaux. Entre ces deux étapes majeures, nous avons également signé un contrat sur la franchise Avatar qui est également une illustration de notre stratégie de convergence ». En effet, alors qu’Ubisoft a sorti – en parallèle au film – une adaptation vidéoludique de l’univers de James Cameron, le studio Hybride a travaillé sur une centaine de plans du plus gros succès financier de l’Histoire du cinéma…

Les bienfaits du partage

Fondé au début des années 1990, le studio Hybride Technologies a participé à la confection des trucages innovants des films 300, Sin City et Spy Kids. Le rachat d’Hybride par Ubisoft, en 2007, a permis d’échanger des données entre les artistes travaillant sur Avatar et ceux œuvrant sur le jeu. Des modèles 3D ont été mis en commun, bien que la majorité des effets étaient très spécifiques aux plans du film. Vu la complexité de certains trucages, la conception aurait été clairement différente si cela devait être exploité par un moteur de jeu temps réel. Mais le processus a permis de raccourcir les délais de modélisation des éléments du jeu. En outre, certaines idées introduites dans le jeu ont séduit James Cameron, qui les a réutilisées dans son film… Mais le projet Assassin’s Creed 2 a permis de d’aller plus loin dans la convergence. « Quand il faut travailler à partir d’une franchise vidéoludique, la principale différence réside dans le respect de l’univers du jeu », précise Pierre Raymond, Président d’Hybride Studios. « C’est pourquoi nous avions besoin de respecter le style des environnements définis par l’univers d’Assassin’s Creed ainsi que les personnages du jeu ». Le scénariste d’Assassin’s Creed 2, Corey May, a d’ailleurs travaillé en étroite collaboration avec celui des court-métrages, William Raymond. La réalisation de Lineage est confiée à Yves Simoneau (Les 4400, ainsi que le remake de V), qui supervise une équipe de près de 400 personnes ! La volonté de convergence est poussée à son paroxysme, puisque même les comédiens des court-métrages participent au jeu ! Romano Orzari, qui interprète Giovanni Auditore, prête sa voix à son avatar vidéoludique et participe à une séance de capture de mouvements – qui seront répercutés sur son sosie numérique lors des séquences cinématiques. « A l’inverse, il n’a pas été possible de réutiliser les captures de mouvements faites pour le jeu… puisque Lineage est un film en prises de vue réelles », précise Pierre Raymond. Les répétitions des chorégraphies des combats débutent deux mois avant le tournage ; le comédien Romano Orzari parvient ainsi à faire une majorité de ses cascades. Pour les scènes où son personnage grimpe sur les façades des bâtiments, un mur d’escalade est peint en vert, et des cascadeurs sont filmés en train de l’escalader à toute vitesse. Quand Giovanni doit franchir un précipice entre deux toits, les cascadeurs sautent entre deux blocs peints en vert, à même le sol… Durant quatre semaines, le tournage se déroule intégralement devant un fond vert. Vingt acteurs participent au projet, ainsi que cent techniciens et 200 artistes en effets visuels. « L’équipe d’Ubisoft Digital Arts a été profondément impliquée dans la production des courts-métrages », rapporte Yannis Mallat. « Leur expérience sur la 3D est très importante, alors que celle d’Hybride est plutôt centrée sur la composition. Les deux équipes étaient donc complémentaires. Plus de 45 personnes de l’équipe d’Ubisoft Digital Arts se sont activement impliquées dans la postproduction des films ». Comme toutes les scènes ont été tournées devant un fond vert, les décors virtuels sont insérés au sein de tous les plans. « L’environnement du jeu a été utilisé à différentes étapes de la production du film. En se servant du moteur du jeu, le réalisateur a été en mesure de créer un plan pour les décors des courts-métrages. Cela a permis une meilleure définition des besoins de la production. De plus, le moteur du jeu a été mis à contribution pour la création des décors virtuels ». La convergence prend alors tout son sens : les environnements numériques du jeu sont exportés d’Anvil, le moteur du jeu, puis importés dans le logiciel de modélisation 3D XSI de Softimage grâce à un procédé développé par Ubisoft en collaboration avec Hybride. Les acteurs ayant été filmés devant un fond vert, ils sont alors intégrés au sein des décors virtuels ainsi créés à partir des environnements du jeu ! Bien entendu, ces décors sont ensuite améliorés pour une meilleure cohésion visuelle avec les acteurs de chair et de sang. Les textures et la modélisation de la moitié de ces environnements sont retravaillées. Dans une certaine mesure, cette technique est similaire à celles utilisées par Hybride pour 300 et Sin City… Cette mutualisation des techniques représente aussi une aide indéniable à la mise en scène de films devant un fond vert. « Pour Assassin’s Creed : Lineage, Hybride a développé des techniques internes spécifiques qui permettent de projeter directement l’environnement du jeu sur les écrans vidéos du plateau de tournage, permettant au réalisateur et aux acteurs tournant sur fond vert d’avoir une vraie compréhension de l’environnement spatial dans lequel l’action se déroule ! » Un procédé que James Cameron a lui-même expérimenté lors du tournage d’Avatar…

Les techniques au service du récit

Si les court-métrages ont tiré de grands bénéfices de cette convergence, qu’en est-il du jeu ? « Bien qu’ils ne travaillent pas directement sur les contenus du jeu, de nombreux artistes d’Hybride et d’Ubisoft Digital Arts ont collaboré avec l’équipe de développement d’Assassin’s Creed 2, et ont influencé ce dernier », explique la productrice Jade Raymond. « Par exemple, le designer des armes du film a travaillé avec le directeur artistique du jeu afin d’apporter sa vision du design des armes. Dès que nous avons vu en action la lame cachée et d’autres armes, nous avons été capables d’ajuster chaque animation pour être cohérent avec leurs poids et leurs fonctions réelles. C’est l’avantage de mêler deux univers différents tels que le cinéma et le jeu vidéo. En partageant nos compétences, ces deux mondes s’émulent… » Ubisoft inaugure donc une double convergence : celle du contenu, et celle des outils et technologies. Le mariage entre ces deux écrans fantastiques, si proches et pourtant si différents, ne peut qu’engendrer une meilleure cohésion des franchises et un gain de productivité accru. « Il y a de nombreuses similarités dans la façon dont nous travaillons et la façon dont les réalisateurs et créateurs d’effets spéciaux travaillent », précise Yannis Mallat. « Nous travaillons souvent avec les mêmes outils, mais de manières différentes. L’industrie du cinéma est aujourd’hui âgée de plus d’un siècle, tandis que celle du jeu vidéo a environ 30 ans. S’il y a un secteur où nous devons encore nous améliorer, c’est dans notre manière de raconter nos histoires : Steven Spielberg, James Cameron et Peter Jackson ont beaucoup à nous apprendre à ce niveau, car notre industrie n’est pas encore parfaitement au point lorsqu’il s’agit de narrer une histoire ou de transmettre des émotions ». En ce qui concerne Lineage, le résultat est intéressant, à mi-chemin entre le cinéma, les fan films et les cinématiques « live » des jeux vidéo des années 1990. Mais si la technique est – à peu près – au point, la réalisation paraît bien fade, et le jeu des acteurs très convenu. Le défi sera relevé lorsque les technologies seront au service d’une bonne histoire, et dans les mains de visionnaires talentueux. Mais qu’importe : la convergence entre le cinéma et les jeux vidéo est enfin en marche. De là à imaginer un film Assassin’s Creed développé et produit par Ubisoft, il n’y qu’un saut dans le vide…

Découvrez à présent Lineage dans son intégralité !

source : effet-speciaux.com

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